Acteur du développement de l’art sonore en espaces publics, compositeur de musiques électroacoustiques pour le spectacle vivant, Stéphane Marin, après avoir aiguisé ses oreilles de ci, et surtout de là, a décidé d’ancrer son écoute nomade aux résonances de cet ici : aux riches échos de cette terre et des humanités qui l’habitent. Il a ainsi élu domicile, entre deux silences, à Fabas, au coeur des Petites Pyrénées, terre d’un paisible accueil.
Troublant cette quiétude, entre deux départs vers quelques urbains lointains, une question s’est aussitôt imposée à lui : qu’est ce que signifie “vivre en Ariège” pour un artiste déraciné qui ne cesse d’arpenter les routes et les rues de France, d’Europe et d’ailleurs pour s’y “produire” ou partir en “résidence” ? N’est-ce que s’y ”installer”, et “jouir” paisiblement de cette magnifique “terre-dortoir” sur fond de montagnes majestueuses ? Ou bien, plutôt, l’habiter, y exister, afin que cette terre d’accueil puisse devenir pour lui plus qu’une simple “demeure” : ce lieu d’échanges et de partages culturels, cette terre porteuse d’aventures artistiques et humaines insolites, celles qu’il aime tant à partager.
UN PARCOURS MUSICAL NUMÉRIQUE.
Après des études de philosophie, closes sur une maîtrise traitant de la rencontre, Stéphane Marin s’est rapidement passionné des nouvelles possibilités d’expressions offertes par la M.A.O (Musique Assistée par Ordinateur). En effet, l’informatique musicale, par l’utilisation des méthodes d’échantillonnage (“sampling”), offre bien plus qu’un instrumentarium électronique, et permet, aussi, de “rentrer” le monde dans la machine. Bruits de nos quotidiens ou sonorités plus rares, exotiques , rumeurs urbaines ou bien rurales, toute matière sonore est susceptible d’être ré-agencé, re-composer. Chacune d’elle demande dans sa singularité un écriture particulière, spécifique. Ses premières pièces de musique concrète font la part belle à ces sons de récupération, ces bruits recyclés. Il y cherche, déjà, au coeur de tout bruissement, une musicalité, un motif mélodique ou rythmique, un “groove”, ou, bien plus encore, un langage possible, une autre forme poétique, pour réécrire le monde.
Des compositions musicales à forte charge narrative et dramatique voient alors le jour, à l’aube de ce nouveau millénaire : une musique “filmique” : cinématique. Sous le pseudo de Cynik, il autoproduit alors son premier album “Entre” que la presse spécialisée qualifiera de “DrAme’n Bass”. Il se produit alors dans les salles marseillaises avec un live où se mêlent rythmes syncopés, nappes enivrantes, infra basses profondes, mais surtout, ces voix “samplées” au gré des médias (répliques de films, interviews radio, lectures de poètes…) et cet univers bruitiste issu de sa large palette sonore, qui définissent plus particulièrement son identité, sa signature singulière. Il fondera sur Marseille en 2003 le trio « La Collecte », projet de cinéma pour l’oreille : une bande originale d’un film sans image (cinéma aveugle) improvisée en live (Nuits Sonores, Lyon/ Festival Arborescences, Aix en P./ Braderie électronique, Lille).
De nombreuses rencontres ouvrent alors sa pratique à la pluridisciplinarité. Ces expériences l’amènent à croiser les univers de conteurs (Haïrati, Festival du conte des Alpes Maritimes), poètes (Léos Ator, L’Ovni tendre), vidéastes (Emmanuelle Grangier, Couleur 02), ou encore d’acteurs de la nouvelle scène musicale occitane marseillaise (“Le bestiaire cynique”, Massilia Sound System). Ces rencontres, avant tout, humaines, ont toujours su attiser son envie d’explorer des formes artistiques nouvelles, partagées avec des identités fortes et généreuses, dans un échange réciproque. À travers ces différentes “collaborations”, il cherche, et trouve toujours de véritables “complicités”.
UNE TRAJECTOIRE SONORE “HORS LES MURS”.
C’est en 2003 qu’il rencontre Pierre Sauvageot (Lieux Publics, Centre National de Création des Arts de Rue, Marseille) qui l’invite à prendre part à ses projets. Il animera et développera l’ACSU (Atelier de Création Sonore Urbaine), accueillera en résidence les compagnies nationales sur leurs problématiques sonores, mais aussi, accompagnera la création du directeur : le Concert de Public, dont il assurera la mise en espace sonore et la partition électroacoustique. Il délaisse alors ses projets studio personnels pour s’investir intégralement dans ces expériences qui prennent la ville comme lieu de résonance, comme matériau vivant pour la composition de nouvelles formes musicales et sonores à son échelle.
Puis il est invité en 2006, à rejoindre la compagnie Le Phun, (L’Usine, Tournefeuille) pour venir construire les décors sonores de ses créations théâtrales pour sites spécifiques. Investissant ensemble des espaces atypiques, comme plusieurs hectares de friches industrielles minières ainsi que leur ancienne ligne de chemin de fer, une barre de HLM (et ses caves) avant démolition, ou encore le parc d’un château et sa forêt ; autant de lieux possibles pour qu’une écoute se fasse autrement, hors des sentiers battus, et toujours en écho à la dramaturgie et la poésie de cette compagnie de théâtre à 360°.
Suivront de nombreuses collaborations (Cie Osmosis, Arcat, 2eme Groupe d’Intervention …) qui toutes sauront aiguiser son art toujours à l’écoute des exigences propres de chaque discipline, de leurs façons d’écrire dans, pour et avec chaque nouvel espace de représentation.
ESPACES SONORES : UN PROJET ARIÉGEOIS !?.
Le projet “Espaces Sonores” a vu le jour en 2008 au Château de Justiniac (au dessus de Saverdun) où Stéphane vit alors depuis un an avec sa compagne. Il répond à son envie croissante de développer l’art sonore, et plus particulièrement dans sa relation étroite avec les espaces traversés. Peut-on raconter la même histoire, et peut-on l’écouter de la même manière que l’on soit dans un hangar désaffecté à Sainte-Croix V., au col de la Core, ou sur le Champs de Mars de Saint Girons ? Stéphane prend le pari artistique que non, et se propose d’écrire et de composer pour, dans et avec chaque lieu, à l’aide et à l’écoute de ses spécificités. Dans la même idée, les moyens techniques mis en place doivent toujours être en adéquation avec les matériaux à diffuser, et inversement ! Telle image sonore viendra résonner différemment si elle est projetée à travers un casque, 8 hauts-parleurs entourant le public, ou encore dans un poste de radio. Toute la poésie dont elle est porteuse peut en être changée, transfigurée, voire radicalement bouleversée.
Ainsi, pour poser une première pierre en Couserans il aimerait proposer un parcours sonore poétique dans les rues de Saint Girons. Le promeneur-auditeur se fera remettre un lecteur MP3 et un casque, et, orienté par une carte et une signalétique originale, se verra conduit dans une visite atypique de la ville. En effet, celle-ci apparaîtra et sonnera sous un nouveau jour, au gré des errances de cette “femme (…) qui cherche toujours son chemin” et dont on pourra suivre l’histoire au détours d’une place, d’un ponts et d’une rue, pour “redonner (s)a voix aux mots qu’(Il) a perdus”, lui, le Poète de cette ville, son poète.
Parallèlement à ses propres projets, Stéphane reste évidemment sensible et attentif à toutes propositions de collaborations qui voudraient intégrer l’art sonore et/ou la multidiffusion du son (et de la musique) en vu d’explorer les potentialités de nouvelles situations d’écoute, d’autres façons de dire, de raconter autrement. Il sera alors heureux de partager ses compétences techniques et son regard (oreille…) artistique en vu de construire des projets novateurs enrichis de la forte identité couseranaise, et bien sûr, ariégeoise !
Stéphane MARIN
Metteur en son.
ESPACES SONORES
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